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PIROGUE POLYNÉSIENNE, PERSPECTIVES SPORTIVES ET ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION

Samedi 12 octobre 2019

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Images éloquentes des instants vécus le 22 septembre par une dizaine de mineurs isolés radieux ! Solidairement entourés par les coéquipiers.ères du Team Marara Va'a basé à Sainte-Marine, ils ont pu découvrir la pratique de la pirogue polynésienne sur les eaux abritées de l’estuaire de l'Odet, et même se distinguer par leur potentiel à la rame.

Des activités pleines d’intérêt pour des jeunes qui tentent de se reconstruire viennent ainsi s'ajouter aux activités diversifiées, complémentaires et coordonnées qui composent l'offre sportive constituée peu à peu par Le Temps Partagé. (Offre largement détaillée et illustrée dans l’article Les activités physiques pour se reconstruire, avril 2019https://www.letempspartage.net/association/vie-de-asso/actualites/activi...)

Pirogue

Suite à la proposition de Claire du Team Marara Va'a, l'initiation à la pirogue qui a débuté en septembre succède à une période mise à profit pour définir en concertation le contenu et le calendrier d'un projet judicieux et généreux, animé par des personnes tournées vers ces jeunes. Au menu initial, ramer plusieurs séances sur l'Odet ou l'anse de Bénodet dans des pirogues à 6 places avec des rameuses et des rameurs très expérimenté.e.s, et assister à des compétitions de haut niveau. En fonction des opportunités techniques et des compatibilités d'emploi du temps des jeunes et des adultes, peut-être aussi découvrir sur les sites adéquats paddle, crossfit et danse tahitienne.

Capoeira Angola

Mélanie, présidente de l'association Ngoma Capoeira Angola en Bretagne, basée à Quimper, et son compagnon brésilien Francisco, sont deux enseignants bénévoles de Capoeira Angola, formés à Rio de Janeiro. Ils souhaitent offrir aux mineurs isolés des séances de cette pratique afro-brésilienne si riche – "Art de libération, de résistance et de transformation qui a vocation à être pratiqué par et pour les personnes déracinées, discriminées, violentées". Le 15 octobre, une première rencontre Ngoma Capoeira Angola et Temps Partagé inaugure la mise en place d’une activité exceptionnelle.

Badminton

Florian, membre de la commission du Temps Partagé chargée des sports, est lui-même un spécialiste du badminton. Il souhaite faire découvrir dès que possible la discipline aux jeunes en les faisant directement bénéficier de son expérience, de ses compétences et de sa connaissance de la filière. Dans le même esprit qu'avec le Quimper-Volley29, la commission sportive va dès lors travailler à l'élaboration d'une activité badminton d’ouverture et d’immersion qui privilégie à la fois l'inclusion des mineurs isolés au sein d'équipes de joueurs quimpérois de leur âge qui les apprécient, et l’encouragement de chacun d'eux à saisir chaque occasion de progresser et d'évoluer. Activité nouvelle qui participera elle aussi à leur reconstruction en favorisant de cette manière l'estime et le dépassement de soi.

Cirque

La commission des sports donnera bientôt suite à la proposition de l’acrobate aérien Romain Cabon qui vient de contacter Le Temps Partagé. Celui-ci souhaite en effet renouveler début mars 2020 la demi-journée d'atelier découverte des arts du cirque qu'il avait proposée et dirigée au mois de mai dernier, laquelle avait particulièrement enchanté tous les jeunes participants. En partenariat avec l'association Balles à fond et la Maison du cirque.

Éléments de réflexion à propos du thème sports et reconstruction du mineur isolé

La pertinence des propositions présentées par les clubs, les associations et les spécialistes qui s’intéressent à la situation de ces jeunes gens, l'adéquation minutieuse des projets issus du travail de concertation réalisé avec la plupart des partenaires, le renfort bienvenu de Bruno et Florian qui cet été ont rejoint la commission des activités sportives du Temps Partagé, l'implication indispensable des bénévoles et des familles d'accueil ainsi que la poursuite des efforts très exigeants d'organisation interne concourent tous indissociablement à la qualité et la cohérence d'une palette sportive capable d'aider le mineur isolé à s'ouvrir au monde, à se reconstruire, à devenir autonome, à prouver tout son potentiel, à faire reconnaître et trouver toute sa place dans la société. Lui permettant également, avant d'exercer son propre choix ou de se spécialiser s'il le souhaite, de découvrir avec beaucoup de satisfaction des disciplines sportives qui lui sont très souvent totalement inconnues et de pratiquer une grande variété de structures, de sensations et de sports.

Pour le mineur isolé, davantage que pour d'autres adolescentson ne devrait pas à la légère considérer le sport habituel comme un simple passe-temps récréatif, cultivant par ailleurs trop souvent l'entre-soi. Ni même comme un instrument ordinaire de récompense de la bonne volonté du jeune lorsqu’en d’autres domaines on ne sait pas le motiver autrement qu'avec son sport de prédilection. Ce serait prendre le risque dévastateur de réduire la pratique sportive à une fonction paradoxale d’excipient du quotidien, voire anesthésiante. Car à côté des priorités que représentent son hébergement, sa santé, son droit, son état civil, sa maîtrise de la langue, son accès aux connaissances et à la culture, sa scolarisation et sa formation, des activités physiques et sportives modestement pensées et organisées restent, pour le mineur isolé, juste vitales ! Essentielles justement pour s'extraire d'une torpeur depuis trop longtemps installée, ouvrir les yeux, se redresser, mobiliser chacune de ses facultés personnelles, se prendre soi-même en charge et devenir pleinement acteur de sa propre reconstruction.

Dans le contexte paralysant et très angoissant des adversités et des incertitudes qui pèsent sur lui, au-delà de leurs vertus physiques et mentales les mieux connues, de telles activités rendent dès à présent le jeune plus autonome et bien mieux équipé pour la vieElles le réveillent totalement, le stimulent et lui redonnent le sourire, l'appétit, le sommeil, le goût d'exister et la parole. Elles l'ouvrent et l'intéressent à son environnement et à autrui. En même temps que la technique, l'anticipation, la rapidité, la coordination, la constance, la persévérance ou l'endurance, la pratique sportive organise et lui apprend les rencontres, l'opposition, la confrontation, la recherche et la construction éclair des meilleures stratégies de réussite, le soutien, l'esprit d’équipe et la solidarité. Formidables occasions pour le jeune de vivre, de se mesurer, de se repérer, de s'affirmer, de s'investir, de se libérer et de se voir reconnu, respecté et estimé à parité.

De façon ludique ou laborieuse mais toujours indépendante, représentative, communicative et parfaitement comprise, les activités sportives proposées au jeune lui font tout à la fois découvrir, pratiquer, s’approprier et même justifier les mixités, l'égalité, le respect, la réciprocité, la civilité, les droits, les devoirs, les codes et les règles. Et lui donnent grande envie de démontrer tous les apports dont il est lui-même capable, l'envie énergique et éclairée de produire en se distinguant sa meilleure contribution à la réussite du projet collectif, comme à la société qui l'accueille.

Ces activités le réhumanisent, le reconstruisent et le structurent, comme le soulignent les professionnels de la santé mentale eux-mêmes. Elles rendent le mineur isolé plus fort, plus confiant, plus libre, plus ouvert, plus curieux, plus respectueux, plus attentif, plus réfléchi et plus lucideElles lui apprennent aussi les valeurs de l'engagement, de la ponctualité, de l'assiduité, de la concentration, de la précision et de l'organisation personnelle et matérielle.

Autour du mineur isolé elles attirent, rassemblent et font se rencontrer des personnes qui ont le privilège de partager des moments exceptionnels de convivialité et d'humanité. Des randonnées cyclistes qui entraînent ces jeunes à la plage entourés d’une quarantaine d’habitants de la région venus les rencontrer, les accompagner, les encadrer ou les aider – partenaires, tel Kernavélo, maîtres-nageurs, secouristes, médecins, sportifs de haut niveau, dont Marine ou Pierre (1ère et 10ème au championnat du monde de leurs disciplines), spécialistes, formateurs, conducteurs, bénévoles, familles et enfants, jeunes et moins jeunes, cyclistes et non cyclistes, nageurs et non nageurs – il est superflu de décrire l’intérêt inouï et partagé de telles journées, gravées dans les mémoires et toujours ardemment réclamées à l'unanimité.

Également, elles exposent directement et intéressent très opportunément les jeunes à une avalanche de domaines annexes extrêmement variés, directement liés à la pratique sportive elle-même ou fortement suggérés par le caractère et la richesse des sites arpentés lors des sorties. Domaines parmi lesquels nutrition, physiologie, biologie, hygiène de vie, santé, prévention, mathématiques, géographie, géologie, toponymie, botanique, agriculture, élevage, pêche, gastronomie, biodiversité, écologie, énergies, économie, métiers et projets d'avenir, musique, langue bretonne, patrimoine, architecture, histoire de l'art, histoire, histoire des religions, géopolitique, laïcité, démocratie, philosophie ou histoire des droits de la personne humaine.

Que ce soit au cours de la formation vélo qu'ils suivent en milieu urbain, des marches ou des excursions cyclistes qu'ils accomplissent dans la région ou des covoiturages qui les conduisent par exemple aux séances natation proposées à la piscine de la route de la pointe du Raz, les situations aléatoires et les configurations provoquant leur intérêt et leur questionnement foisonnent. Nous laissons au citoyen et aux enseignants le soin d'apprécier ces exemples, relevés parmi des centaines. Ou bien, s'ils le préfèrent, de venir vérifier eux-mêmes sur le terrain – en nous rejoignant !

Examiner avec émerveillement le panorama ébouriffant découvert depuis le sommet de la Roche du Feu, trouver grâce à la table d'orientation le nom de deux des principaux sommets finistériens aperçus à 21 kilomètres, les équidistants Menez Hom et Menez Mikel, puis, confortablement calés à l'abri des rochers, montres arrêtéesse renseigner successivement sur l'histoire des communications, la nature des intentions des Vikings et l'histoire des migrations. 

Assimiler avec application et abnégation les lois de la physique en pédalant très durement dans les pièges détrempés et accidentés de la boucle VTT de la pointe du Van, pour s'arrêter brusquement dans la lisse descente d'une petite route, le souffle coupé par l'apparition soudaine d'un océan qui envahit tout l'horizon. clamer de crapahuter avec nous 400 mètres épineux pour atteindre l'extrémité de la sauvage pointe du Castelmeur. Du haut de laquelle ils se demandent combien d'encablures les séparent du cap de la Chèvre et si la pointe St-Mathieu est moins éloignée que le Menez Hom qu'ils viennent d'apercevoir à droite, tout en nous hélant pour savoir dans quelles directions se trouvent l'Afrique et l'Amérique et si nous pouvons leur confirmer la rotondité de la Terre.

Spontanément remarquer, place St-Corentin ou près de l'église de Ploaré, l'objet cylindrique que le professeur Laennec tient dans la main et chercher à tout prix à découvrir et à comprendre avec notre aide l'utilité et le mode d'emploi de l'instrument en question, parfois serrés de badauds qui n'ont rien vu mais que le discret et insolite manège de ces jeunes rend perplexes.

Déchiffrer, 3 mètres au-dessus d'eux, puis réaliser peu à peu, une petite lueur naissant malgré tout dans leurs regards incrédules, la signification de chacun des termes de l'article 1er de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 inscrit au mur de la première préfecture de Quimper, rue St-Mathieu. Avec demandes d'explications détaillées quant aux circonstances historiques de la rédaction du texte – et sa traduction palpable aujourd'hui en ce qui les touche directement. Plusieurs mineurs isolés aiment scander de temps en temps les dix mots de la première phrase.

Près du confluent de l'Odet et du Steïr, consulter la plaque fixée sous le buste en bronze de Jean Moulin, leur attention retenue par certains points du texte, puis supplier les accompagnateurs de leur laisser du temps supplémentaire sur place avant de repartir à vélo vers le lieu du goûter – pour comprendre pourquoi "sa vie est un exemple pour la jeunesse" et obtenir de notre part quelques éclaircissements s'agissant des mots "Résistant", "Libération" et "République".

Immergés à l'occasion des sorties au milieu de tant de surprises et de nouveautés bien souvent insoupçonnées des habitants de la région, les mineurs isolés ne cessent de nous surprendre et de nous interpeller par leur acuité, leurs étonnements, leur perspicacité, la teneur de leurs sujets d'intérêt, leurs attentes, leur réflexion. Les questions ne tarissent pas et les débats se succèdent. Les sonneries des portables sont ignorées, les écouteurs rangés mais les stylos réclamés et les connaissances mémorisées.

De quelle invention Laennec est-il l’auteur ? Quelle était la devise personnelle de ce grand médecin ? Il y a peu de temps, dans un lycée quimpérois, un professeur de sciences posait à ses élèves ces deux questions très intéressantes. Trois mains se levèrent à la première question. Une seule à la deuxième, déjà levée à la première question. Tout compte fait, un seul et unique élève de la classe fut en mesure de répondre parfaitement aux deux questions. Il s'agit en l'occurrence de l’un des mineurs isolés participant au plus grand nombre des activités sportives proposées, lequel avait visité Kemper à vélo dans le cadre des sorties organisées par Le Temps Partagé et même alors demandé avec ses amis la poursuite lors des circuits suivants de la réflexion débutée.

Outre sa soif de connaissance, de découverte et d'exploration, la riche diversité des disciplines physiques et sportives proposées, des terrains pratiqués et la multiplication des situations affrontées suscitent, encouragent et accompagnent les acquisitions expérimentales en développant les facultés d'observation, d'écoute, de réflexion, de débat et d'adaptation du jeune, de ses capacités propres d'analyse, de synthèse et de décision, voire plus largement de ses capacités critiques et de jugement, de ses capacités de proposition et d'argumentation, comme de plus libre arbitre. À l'heure où il se trouve particulièrement exposé à des plis, des discours, des manipulations, des oppositions ou des influences de toutes origines, ces activités lui font s'équiper un peu plus précocement de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être comportementaux et sociaux extrêmement précieux. Très utiles notamment pour évoluer en étant capable de se faire mieux respecter et de s'exprimer plus intelligiblement en présentant ses projets ou en faisant valoir son droit. Tout en favorisant in situ, de la plus naturelle des façons, son ouverture à la pluralité de la pensée et des modes de vie, comme aux grands principes de son pays d'accueil.

Les activités physiques et sportives restent l'une des meilleures écoles de l'autonomie. C’est avec cet objectif premier que Le Temps Partagé essaie de proposer un panel sportif spécifique, aussi adapté que possible au mineur isolé. Agir à la place d'un mineur isolé qui n’a pas les moyens d’agir, c’est très bien ; faire la même chose tout en lui apprenant le plus tôt et le plus rapidement possible à devenir autonome vu sa situation, c’est encore mieux. Alphabétiser, renforcer ses compétences en français, en mathématiques et en méthodologie, délivrer au jeune des connaissances et réussir à le scolariser, c’est fondamental ; mais le faire en lui permettant conjointement d'apprendre à relier tout ce qu'il est en train d'acquérir au monde réel qu'il découvre, et surtout d'apprendre à mobiliser et à utiliser dans l'action, principalement au cours des activités sportives proposées, ses acquis au profit de son autonomie, c’est absolument primordial et vital pour lui.

En l'occurrence, face aux problématiques de tous registres qui hérissent son quotidien et obscurcissent son avenir, ces activités, peut-être jugées un peu trop vite secondaires et/ou délaissées de bénévoles surchargés et exténués, contribuent pleinement et spécifiquement à rendre le mineur isolé capable de contrôle de soi, de rationalité, de recul, d'évaluation, de patience, de but, de détermination, d'endurance, de persévérance, de résistance, de dépassement de soi, d'affranchissement, d'inventivité, de solutions, de projection, de maturité, de responsabilité, de civisme, de liberté et de parole – comme de sourires et de victoires savourés et partagés ! L'éclatante photo qui suit, œuvre de Marine, ne le proclame-t-elle pas infiniment mieux que la meilleure des dissertations, en même temps que beaucoup d’autres choses magnifiques ? Multiples et extraordinaires bienfaits du sport, incroyables parfois, mais toujours vérifiables et mesurables pour qui s'y intéresse, se renseigne ou y contribue – lesquels aujourd'hui aident le jeune bien entouré à mieux s'en sortir en forgeant sa personnalité et sa volonté, et demain continueront de l’aider, comme le démontrent l'expérience, la littérature et tous les témoignages.

Au total, en prenant un tout petit peu de hauteur, peut-être l'une des manières les plus inclusives, les plus fédératrices, les plus efficientes les plus préventives, les plus vivantes, les plus conviviales, les plus enrichissantes, les plus oxygénées et assurément la plus tonique de préparer le mineur isolé au jour à venir. Pour peu que chacun s'y mette – à sa place et si possible de façon coordonnée, selon ses possibilités, même estimées les plus petites, même une seule heure par an. La communication du Temps Partagé, comme les inscriptions des hébergés et des accompagnateurs, ont encore quelques cols à franchir. Au fait, la fameuse devise ?

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